J’ai testé le VTT à assistance électrique

VTT à assistance électrique
@Cyrielle Roux

La dernière fois que j’ai fait du VTT (non électrique) remonte à plus de 15 ans, et à l’époque, les sentiers du Lot et de Dordogne me semblaient déjà bien ardus. Autant dire que me lancer dans la traversée de la Maurienne en VTT à assistance électrique, même s’il y a le mot « assistance » dedans, me paraissait un challenge bien au-dessus de mes capacités. Et pourtant, je l’avais accepté. Retour sur une expérience électrisante.

Tout commence par les fesses

Avant même de prendre la route pour rejoindre Saint-Jean-de-Maurienne, en Savoie, une première mesure s’impose : faire un tour chez un équipementier sportif pour assurer mes arrières (et surtout mon derrière). Tout le monde m’a prévenu : à coup de 25 ou 30 kilomètres de VTT par jour, 4 jours de suite, tu vas avoir le derrière en « chou-fleur ». Bon, le cuissard façon cycliste, je n’ai jamais trouvé ça très sexy, mais quand il faut sauver le soldat Ryan, on fait des sacrifices. Mon « cul de babouin »  (excusez-moi, je ne trouve pas d’autre terme pour désigner cet horrible vêtement) au fond du sac, accompagné d’une paire de gants et d’un joli casque fluo parfaitement discret, me voici fin prête à me lancer à l’assaut des montagnes en itinérance. Et c’est Pierre en personne, créateur de Maurienne Mountain & Bike, qui vient me cueillir le premier matin de mon séjour au centre-ville de Saint-Jean-de-Maurienne pour me conduire à la Toussuire, point de départ de cette randonnée découverte en 4 étapes dont les dénivelés provoquent des sueurs froides à la débutante que je suis. Dans quelle galère me suis-je donc embarquée ?

Premier jour : je ne peux plus reculer

Enfin, pas dès le début, soyons honnête : soleil radieux, température agréable, lorsque nous arrivons à la Toussuire pour la prise en mains du VTTAE et le briefing de la première étape, j’ai encore le sourire, malgré le léger stress de me lancer d’entrée sur 25km  de sentiers sans même savoir si je vais réussir à monter le premier col du programme. Mais vu que Pierre embarque ma valise (qu’il déposera chaque jour sur le lieu d’arrivée de l’étape) et ne me laisse comme seul bagage qu’un sac à dos avec un vêtement de pluie, un pique-nique, un GPS, la carte de l’étape du jour, une batterie supplémentaire et le matériel nécessaire en cas de crevaison, je n’ai pas trop le choix. Ce sera « pédale ou appelle les secours ». Et encore, s’il y a du réseau !

Et c’est parti

Après un petit test rassurant du mode électrique sur le parking, il est temps de partir en direction du pied des Aiguilles d’Arves, où une tente géodésique m’attend pour une nuit sous les étoiles. D’entrée, ça commence par une longue, très longue descente. Longue et bruyante. Non pas que le moteur Bosch se fasse entendre, non, il est en fait plutôt discret. Mais le GPS de mon coéquipier ne cesse de sonner bruyamment, nous sommant de faire demi-tour. À peine trois kilomètres et nous sommes déjà perdus ! Un embranchement raté, certainement. Et la balade s’annonce plus longue que prévu, forcément. Nous faisons demi-tour et décidons de suivre la carte pour retrouver finalement le chemin vers la prochaine vallée. Ou plutôt, un sentier caillouteux pur et dur, avec pour tout horizon une montée bien trop raide à mon goût…

@Cyrielle Roux
Test du mode « Walk »

Ça monte sec, et ça fait mal

Le chemin emprunte des portions de pistes de ski, mais en lieu et place de la neige, nous trouvons de la grosse caillasse, des ornières et des passages plutôt boueux et glissants. Malgré les signaux de panique que me lance mon cerveau et mon manque de confiance en mes capacités physiques, l’ascension se passe à merveille grâce au mode turbo (l’un des 5 modes d’assistance du VTT) et à la hauteur de selle réglable au guidon (une petite merveille ce système). Tout se passe donc à la perfection, sauf pour mon derrière. Plus les kilomètres défilent, plus je ressens une douleur vive qui m’empêche de poser mes fesses sur la selle. Et il reste plus de 10 km à faire. En danseuse, ça risque d’être compliqué…. Une pause s’impose, pique-nique donc à une heure de notre point d’arrivée, et repos de mon fessier.

Les Aiguilles d’Arves

Le moral est encore bon malgré la douleur, et la délicieuse petite saucisse sèche artisanale que Pierre a glissé dans la collation n’y est sans doute pas étrangère. Mais au moment de repartir, la douleur se fait de plus en plus vive et après avoir serré les dents quasiment jusqu’au bout, c’est en larmes et à côté de mon vélo que j’entame l’ultime ascension vers le bivouac du soir. Et comme par magie, je vais totalement oublier ma douleur pendant quelques secondes, captivée par la beauté du paysage et accueillie par une vraie ménagerie : deux chèvres très câlines, Baloo, un border collie, quelques poules et une demi-douzaine de chatons qui semblent jouer à cache-cache autour du refuge.

Tente géodésique prise d’assaut par les chèvres

Nous sommes chez Pierre et Virginie, au Chalet de la Croë, à 2000m d’altitude, au pied des Aiguilles d’Arves, où nous passerons donc cette première nuit, si les chèvres veulent bien sortir du dôme géodésique pour me céder la place.

Pour dormir, il faudra d’abord les déloger

Fallait y penser plus tôt !

Après l’effort, le réconfort autour d’un petit apéritif local, avec un somptueux coucher de soleil sur les montagnes. Alors que nous débriefons l’étape du jour avec Pierre, il m’avoue, désolé par mon problème de postérieur, qu’il n’a pas pensé à équiper ses vélos de selles « femmes ». Tout s’explique ! Démarrant tout juste son activité, Pierre reconnaît qu’il doit encore effectuer quelques réglages et me promet d’aller dès le lendemain matin me chercher une selle « femme » pour que je puisse repartir. Hélas, après un bon petit plat local préparé par notre hôtesse Virginie et une nuit très agréable dans la tente géodésique dont une paroi transparente me permit d’admirer un spectacle sons et lumières offert par un sublime orage au loin, le verdict du petit matin est sans appel : il m’est toujours impossible de m’asseoir et je ne vais donc pas pouvoir remonter en selle.

Je passerai donc ma journée à Saint-Jean-de-Maurienne et en profiterai pour visiter le Musée Opinel, incontournable si vous passez dans le coin. Pierre me récupère en fin d’après-midi pour rejoindre mon coéquipier au terme de sa seconde journée de VTTAE. Il semble que le parcours de la journée, long de 40 kilomètres, ait été plus engagé que celui de la veille, aussi je ne regrette pas ma pause, même si les photos en pleine nature de l’étape de jour, qu’il me montre le soir, me font un petit pincement au cœur. Mais bon, il me reste encore deux jours à pédaler et je compte bien tester cette nouvelle selle choisie spécialement pour moi et profiter à fond de la beauté de la région. C’est donc décidé : douleur ou pas, je reposerai mon séant sur le vélo dès le lendemain.

A 45 km/h sur les sentiers de montagne

L’étape du jour nous emmène de la station de ski de La Norma vers Lanslebourg, situé sur la fameuse route du col de l’Iseran cher aux cyclistes. Les 25 kilomètres de cette étape se déroulent à merveille, le long de la vallée de l’Arc, dans la forêt. La selle est bien plus confortable et malgré une très légère réminiscence de douleur, je prends un plaisir fou sur ce tracé largement facilité par le mode d’assistance « Tour » qui me permet de ne pas trop forcer. Les larges pistes forestières à flanc de montagne sont roulantes et agréables, avec des détours par des cascades, des portions montantes que j’avale comme une pro et des descentes qui me permettent d’atteindre la vitesse vertigineuse (pour moi du moins) de 45 km/h. On m’aurait dit que je ferais un jour du 45 à l’heure en descente en vélo sur un chemin de montagne, je n’y aurais jamais cru. Vraiment grisant !

L’arrivée qui sonne la fin de la douleur, en danseuse

Arrivée plus tôt que prévu à destination, je me surprends même à vouloir pédaler encore pour monter jusqu’au lac du Mont-Cenis, à une dizaine de kilomètres de plus par la route. Mais le soleil vient de céder la place à de gros nuages noirs et nous décidons à contre-cœur de jouer la sécurité et rester dans la vallée. J’ai l’impression de devenir accro à ce mode de transport, l’assistance électrique est si efficace que même les montées les plus pentues sont un vrai plaisir. J’avoue tout de même ressentir une pointe de culpabilité sur les petites portions de route que nous empruntons, lorsque je double à plein régime et fraîche comme la rosée du matin, des coureurs cyclistes suant à grosses gouttes. Jusqu’à présent, je n’ai pas eu à utiliser la seconde batterie, malgré mon abus évident des modes les plus énergivores que sont « Tour » et « Turbo ». La sensation de liberté est totale et jusqu’à présent, la météo avait été de notre côté. J’espère que le soleil va revenir car la dernière étape qui nous attend promet d’être magnifique. Pierre a prévu de nous envoyer au fond de la vallée de la Haute-Maurienne, dans le village de L’Ecot, lieu de tournage de nombreuses scènes de la série Belle et Sébastien.

Bienvenue au bout du monde

Nous débutons cette 4ème et dernière étape emmitouflés dans nos vêtements de pluie, sous un léger crachin et une brume matinale s’accrochant aux sommets des montagnes. Mais très vite, alors que nous longeons la route du col de l’Iseran à travers de superbes forêts de sapins, le temps s’éclaircit et le soleil refait son apparition. Des chemins larges et très praticables débouchent bientôt vers des paysages féériques, entre congères et ponts de glace où court une eau limpide et glaciale. Entre la beauté du paysage et la facilité déconcertante avec laquelle je pédale, j’en oublie que j’ai un vélo de 20 kilos entre les jambes et me laisse totalement hypnotiser par la magie des lieux. Enfin, jusqu’à ce que mon coéquipier qui tourne une vidéo sur l’utilisation du vélo – en tenant le guidon d’une main, caméra dans l’autre – ne se retrouve par terre. Alors qu’il roulait tranquillement en mode « Eco », soit l’assistance la plus faible, il avait entamé une montée courte mais bien raide et, dans l’impossibilité de changer de mode d’assistance avec sa main occupée, il s’est étalé dans les fourrés au bord du chemin, pris d’un fou rire communicatif !

Cernée par la glace

Le clou du spectacle

Après une superbe (et drôle) première partie de journée, nous nous arrêtons dans le magnifique petit village de Bonneval-sur-Arc pour un café / fromage de chèvre déniché chez un des artisans de la place avant de reprendre la route pour L’Ecot. Tout jusqu’à présent avait été somptueux, mais ce village perdu dans le haut de la vallée est assurément le clou du spectacle ! Rustique, imposant, avec ses pierres brutes et sombres, cerné d’une nature non apprivoisée, L’Ecot semble figé dans une autre époque, que rien ne saurait venir moderniser ou perturber. Ce dernier jour est moins assombri par les nuages que par la nostalgie de rentrer. Nos derniers hectomètres avalés, nous retrouvons Pierre et nos affaires et rallions Saint-Jean-de-Maurienne. La boucle est bouclée, et le VTT à assistance électrique m’a convaincue. Je n’ai qu’une idée en tête : revenir bientôt, et avec ma selle « femme », refaire le trajet en entier cette fois.

Direction l’Ecot, lieu de tournage de Belle et Sébastien

http://www.maurienne-mountain-and-bike.com/