Instagram : facteur de comportements alimentaires à risques

instafood
@iStock

Une mauvaise image de soi ou la honte de son corps peuvent mener à des problèmes psychologiques graves. Et l’essor des publications sur les réseaux sociaux montrant des jeunes femmes fières de leur plastique, de leur régime alimentaire, avec des hashtags toujours plus explicites (#fitspiration #gethealthy #fitfood…) amplifie fortement le problème. Une étude récente a mis en lumière le lien entre les « fit-posts » Instagram et des troubles compulsifs de l’alimentation et de l’exercice. Mais le réseau social semble également facteur d’une pathologie en plein essor, l’orthorexie.

Instagram : le hashtag #fitspiration a un peu trop la cote !

Ce hashtag correspond à plus de 10 millions de publications sur Instagram et légende généralement des photos et vidéos de séances d’entraînement, de repas hyper sains ou de séances de poses dédiées à mettre des plastiques de rêve en valeur. Une étude publiée dans le dernier numéro de la Revue internationale des troubles de l’alimentation et réalisée par des chercheurs de l’Université d’Adélaïde en Australie a mené une recherche sur 200 femmes. Ils ont comparé 100 femmes qui consultent et partagent régulièrement des images de fitness et 100 autres femmes qui consultent et partagent régulièrement des images de voyage. Les deux groupes ont été sélectionnés avec un IMC (indice de masse corporelle) similaire et de légères différences d’âge. L’étude a porté sur différentes catégories de troubles alimentaires allant de la boulimie à l’anorexie en passant par la dépréciation de son corps, pour déterminer s’il y avait un risque de troubles cliniques de l’alimentation. Ils ont également étudié les risques de syndrome d’entraînement compulsif des sujet en se basant sur une échelle d’éléments émotionnels. Ces derniers mesurant les sentiments de honte et de mal être lorsqu’un sujet manque une séance d’exercice.

Et là, c’est le drame !

Les femmes qui consultent et partagent des images à tendance fitness sont plus sujettes à la maigreur et à la boulimie que les addicts des hashtags à thématique « voyage ». Et sur l’échelle de l’exercice compulsif et de l’obsession du muscle, elles ont également des résultats bien plus élevés. Cependant, la différence sur l’échelle d’insatisfaction corporelle n’a pas été jugée significative.

Instagram, un fléau sanitaire en devenir

« Un cinquième des femmes qui consultent les hashtags de fitness sur Instagram sont plus susceptibles d’avoir des comportements alimentaires et physiques potentiellement dangereux pour leur santé physique et mentale », ont conclu les auteurs de l’étude. Ils ont également mis en lumière le fait que même les femmes présentant une forme physique et une santé satisfaisantes prennent des risques en suivant régulièrement ce genre de hashtags.

L’orthorexie, obsession du « manger sain »

Si vous consultez et partagez régulièrement des hashtags concernant les aliments sains et que votre compte Instagram ressemble de plus en plus à un guide d’achat d’aliments bons pour la santé, alors vous êtes exposée à des troubles alimentaires très dangereux. Parmi ceux-là, l’orthorexie ou l’obsession de manger des aliments sains. Ces derniers doivent être exempts de tout pesticide, conservateur, colorant ou tout autre produit chimique. Mais également sans gluten, mauvaises graisses, sucres… L’orthorexie connaît une infinité de variantes selon les phobies alimentaires des sujets diagnostiqués, mais mène généralement à des conséquences graves sur la santé dont des carences nutritionnelles, l’isolement social et l’anxiété.

Une pathologie chronophage, tout comme Instagram

Une étude menée en 2017 sur les troubles de l’alimentation et du poids a révélé que 49% des personnes qui suivent des comptes Instagram sur les aliments santé sont atteintes d’orthorexie. Toutes les personnes qui consultent ce genre de comptes Instagram ne sont pas forcément à risque, mais si cette recherche d’une alimentation nutritive et saine devient une préoccupation majeure, cela peut conduire à l’auto-punition et perturber fortement les interactions sociales. Les personnes atteintes d’orthorexie passent leur temps à élaborer leurs menus, à rechercher des aliments « sains » selon leurs critères et cela peut parfois aller jusqu’à empiéter sur les activités sociales voire même, le travail. Une personne atteinte d’orthorexie finit par ne plus se rendre aux réunions de famille, aux sorties entre amis impliquant un repas… et se retrouve souvent totalement isolée, persuadée que personne ne la comprend. Les conséquences d’une telle pathologie ne doivent jamais être prises à la légère.

Conseils pour éviter les « maladies Instagram »
  1. Variez vos centres d’intérêt. La boulimie de photos de corps de rêve associés à des repas colorés et sains est très mauvaise pour votre estime personnelle, surtout si vous n’êtes ni sportive, ni cuisinière. Alors variez les plaisirs avec d’autres hashtags qui vous font du bien : chats, images humoristiques, tricot…
  2. Si vous suivez un compte avec pour seul but de ressembler à la personne qui l’alimente, désabonnez-vous. Il est parfois motivant de suivre un exemple, mais si cet exemple est trop éloigné de ce que vous êtes, vous risquez de vous mettre en danger. Vous ne tenteriez pas de faire un épaulé-jeté avec 200 kilos sur la barre alors que vous n’avez jamais fait de muscu ? Et bien, le principe est le même. Vous n’allez pas suivre un régime et un programme sportif trop éloigné de votre mode de vie et de vos capacités à l’instant T.
  3. Si vous estimez avoir un problème de poids ou de santé, consultez un professionnel. Seul un médecin, un coach sportif ou un nutritionniste peuvent déterminer quel programme vous est le mieux adapté ! Tous les régimes et programmes d’entraînement ne sont pas bons pour tout le monde.
  4. Ne vous enfermez pas dans un monde virtuel. Restez au contact des autres.
  5. N’oubliez pas qu’Instagram est une vitrine. Qu’il est facile de poster une photo avec un joli filtre et un angle flatteur. Et ce qui est valable pour les poses « fit », l’est aussi pour la nourriture. Vous ne saurez jamais vraiment si ce corps de rêve est le résultat de la consommation du petit plat devant lequel il se trouve, ou d’une bonne génétique. La réalité, c’est vous et ce qui vous entoure. Ok pour ponctuer votre réalité avec un peu de virtuel, mais pas l’inverse !