Rêves érotiques : 5 questions à Gilles d’Ambra

rêves érotiques

« Les femmes rêvent autant de sexe que les hommes »
GILLES D’AMBRA, psychosociologue

Q Qu’est-ce qu’un rêve érotique?
R On connaît assez bien la cartographie de nos rêves érotiques. Par ordre d’importance, les contenus sexuels les plus fréquents : des rapports sexuels, des propositions sexuelles, des baisers, des fantasmes et des masturbations. Rêver qu’on est nu en public, un rêve très fréquent, n’a rien de sexuel. C’est plutôt un problème de rapport au social. Si l’on éprouve de la honte en même temps, c’est le signe d’une vulnérabilité au regard des autres, de timidité ou de sentiment de culpabilité. Quand on n’éprouve pas de honte, cela signifie plutôt qu’on se sent différent (dans le sens positif), affranchi des conventions habituelles.

Q Les rêves érotiques traduisent-ils forcément une frustration sexuelle ?
R Non, pas forcément. C’est même souvent le contraire. Par exemple, on sait qu’au début d’une rencontre amoureuse, il arrive fréquemment de faire des rêves érotiques avec le nouveau partenaire, alors même qu’on ne se prive pas de profiter pleinement l’un de l’autre.

Q Les rêves érotiques des femmes diffèrent-ils de ceux des hommes ?
R Oui, mais pas dans leur fréquence. En épluchant le compte rendu de plus de 3500 rêves féminins et masculins, le docteur Antonio Zadra, de l’université de Montréal, a montré que les femmes rêvent autant de sexe (8 % des rêves) que les hommes. Mais dans leurs contenus, les rêves érotiques diffèrent selon que l’on est une femme ou un homme. Par exemple, les partenaires actuels ou anciens peuplent 20 % des rêves sexuels féminins, contre 14 % des songes masculins. Les personnages publics sont aussi deux fois plus nombreux dans les rêves de femmes que chez les hommes. À l’inverse, les rêves de sexualité à plusieurs sont deux fois plus fréquents chez les hommes.

Q Pourquoi les rêves érotiques fascinent-ils autant ?
R Nos rêves érotiques nous fascinent parce qu’ils sont relativement fréquents, un sur dix des rêves dont on se souvient sont érotiques, et intenses. Aux États-Unis, le rapport Kinsey estime à 40 % le nombre de femmes qui ont des orgasmes nocturnes (80 % des hommes) ; en France, 31 % des femmes éprouvent des orgasmes dans leur sommeil. Ces rêves nous fascinent surtout parce qu’ils mettent souvent en scène des actes et des partenaires (parfois des inconnus) auxquels on ne songerait pas lorsque nous sommes éveillés.

Q Existe-t-il des techniques pour se souvenir de ses rêves ?
R Le plus simple est d’avoir toujours un petit carnet et un crayon sur sa table de chevet. Dès que vous vous réveillez, notez les éléments importants – inutile de faire de grandes phrases, des mots clés suffisent : au matin, vous pourrez reconstituer facilement toute l’histoire. Quand on prend cette habitude, on s’aperçoit très vite, au bout de quelques semaines, que nos rêves font plus souvent surface. Le principe est simple : plus on se souvient, plus on se souvient !