La médecine pourrait effacer la peur

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Que vous ayez peur des souris, de l’avion, des abeilles ou de n’importe quoi d’autre, il existe peut-être un moyen de vous départir de votre phobie. Des chercheurs du Centre RIKEN de Science du Cerveau ont découvert un circuit cérébral qui pourrait permettre de se débarrasser de la peur.

Les réflexes conditionnés, point de départ de la peur

Comme les animaux, les gens développent des réflexes conditionnées, surtout si de fortes émotions négatives sont impliquées. Par exemple, le film « Les dents de la mer », et sa musique caractéristique qui a fait peur à des millions de personnes qui n’ont pourtant jamais été attaquées ou poursuivies par un requin. Normalement, les réactions craintives diminuent avec le temps, car le stimulus conditionné (la musique) est dissociée de l’expérience effrayante (regarder le film). Cela s’appelle l’extinction de la peur. Lorsque l’extinction de la peur ne se produit pas normalement, on peut développer des troubles anxieux tels que le stress post-traumatique ou les phobies.

Comment se débarrasser de ses peurs

Afin de comprendre comment le cerveau régule à la fois les situations normales et pathologiques, une équipe de chercheurs a réalisé une série d’expériences avec des rats, visant à dissocier les associations effrayantes. Ils ont estimé que pour que la peur disparaisse, il faut d’abord que l’animal se rende compte qu’un événement effrayant attendu ne se produit finalement pas. Comme on sait que les neurones dopaminergiques sont actifs dans certaines parties du cerveau lorsque les événements désagréables prévus ne se produisent pas, l’équipe a examiné ces neuronnes dans une partie du cerveau appelée ATV (aire tegmentale ventrale).

Après avoir conditionné les rats à associer un son spécifique (comme la musique des dents de la mer par exemple) à une expérience terrorisante (un choc dans les pattes), l’équipe a alors entamé le processus dissociation. Comme prévu, lorsque le son a été joué plusieurs fois sans choc, les rats ont cessé de se comporter comme s’ils avaient peur de ce  son. Cependant, lorsque les neurones dopaminergiques de l’ATV sont réduits au silence juste après avoir joué le son – exactement au moment où les rats s’attendent à ce que leurs pieds soient choqués – ils continuent d’avoir peur. Cela a montré que sans activité dopaminergique de l’ATV à ce moment précis, le lien mental entre le son et le choc ne peut être supprimé.

Mais que fait exactement l’activité dopaminergique de l’ATV?

C’est une question compliquée, car tous les neurones dopaminergiques de l’ATV ne sont pas connectés aux mêmes régions cérébrales. Certains sont connectés à des régions connues pour leur rôle dans le stockage des mémoires d’extinction, tandis que d’autres sont des domaines connexes liés à la récompense de l’apprentissage. L’optogénétique a permis à l’équipe de bloquer chacune de ces voies séparément, et on constate qu’elles affectent toutes deux l’extinction de la peur, mais de manière opposée: le blocage de la voie de la récompense empêche l’extinction de la peur, tandis que le blocage de l’autre voie l’entraîne.

Bien que les résultats soient assez simples, ils requièrent un effort technologique complexe. Comme l’explique Joshua Johansen, directeur de l’étude. « Cette découverte a été possible parce que nous avons pu manipuler les neurones dopaminergiques en fonction de leur connectivité cérébrale propre. Nous avons utilisé des technologies génétiques et cérébrales associées à un certain type de cellules, » explique-t-il. Grâce à cette configuration optogénétique, les chercheurs ont pu physiquement « éclairer » le cerveau et faire taire certaines populations de cellules dopaminergiques, ce qui a révélé leur rôle dans l’extinction de la peur. Une avancée de la recherche médicale qui pourrait bientôt vous changer la vie !