©iStock
©iStock

Comment se débarrasser de ses complexes?

Un léger strabisme, un nez un peu long, des poignées d’amour, un grain de beauté trop gros, un rire bizarre… Si certaines vivent très bien avec leurs petits défauts, il en est pour qui ça devient une véritable obsession. Nous vous proposons une petite excursion sur la planète complexes… et, surtout, des idées pour la quitter !

Suis-je complexée ?

Si vous avez tendance à focaliser constamment sur vos imperfections, voire à leur attribuer tous vos échecs («Je n’ai pas eu cette promotion, parce que je suis trop grosse.»). Si vous êtes convaincue que sans ces défauts votre vie serait meilleure. Et s’il ne se passe pas une journée, ou presque, sans que vous pensiez à ce «problème». Alors oui, vous êtes complexée!

C’est grave, Docteur ?

Ça dépend du degré de handicap que génère le complexe. Il peut parfois être positif et pousser la personne à se dépasser et à mettre en avant ses autres qualités («Je n’ai pas beaucoup de culture, mais j’ai un grand sens de l’humour.»). Comme il peut, au contraire, devenir complètement paralysant («Malgré la tentation, je n’irai pas nager, de peur qu’on me regarde marcher jusqu’à la mer avec mes genoux en dedans.»). Dans les cas extrêmes, on parle même de «dysmorphophobie» qui est une pathologie du moi, où le défaut est exagéré jusqu’à paraître «monstrueux», où la personne se considère comme un monstre.

Pourquoi ces complexes prennent-ils tant d’importance dans ma vie ?

Parce qu’ils sont exagérés ! Tout d’abord, il faut comprendre qu’il est impossible de se voir telles que nous sommes, pour la bonne raison que ce que nous percevons de nous est forcément morcelé. On lorgne sur un morceau de fesse ici, en se dévissant la tête au maximum; on scrute les pores de son visage dans un mini miroir grossissant ; on déplore une paire de cuisses qui débordent du jean dans lequel on essaie de rentrer; on songe à rembourrer un soutien-gorge que nos seins ne remplissent pas… Nous débitons notre corps en morceaux et le passons au crible avec une minutie cruelle, sans jamais nous appréhender telles que nous sommes «en vrai», à savoir des individus en mouvement constant. À la place d’une globalité harmonieuse, un patchwork déformé et statique digne d’un Picasso. Alors, forcément, ce tableau que nous dressons de nous-mêmes en met un coup à notre estime de soi.

Pourquoi ça fait si mal ?

Parce que le complexe fait perdre confiance en soi et en sa capacité de séduction, qu’il fait aussi douter des autres qu’on soupçonne de se moquer de nous en douce. Parce qu’on ne se sent pas à la hauteur de son idéal et que ce constat d’échec peut enfermer dans une spirale qui mène tout droit à la dépression. Parce que le bourreau et la victime sont la seule et même personne: soi.

D’où ça vient ?

De l’enfance, encore et toujours. La personne complexée a pu douter de l’amour de ses parents, de sa capacité à leur plaire, à les satisfaire. Peut-être ne s’est-elle pas sentie à la hauteur de leurs attentes. Avec pour résultat un manque d’assurance qui la poursuit à l’âge adulte. De la société et ses diktats, aussi. En effet, de l’enfance à l’âge adulte, la femme est bombardée d’injonctions auxquelles elle n’a de cesse de se plier. La faute aux poupées mannequins à la silhouette improbable, aux starlettes retouchées sur Photoshop, aux publicités pour les crèmes anti-âge ou anti-capitons. La comparaison à un corps idéalisé commence très tôt et ne finit jamais vraiment.

Et la confrontation de ces images à la réalité fait souvent mal. Pourtant, seule une minorité de femmes est en conformité avec les canons actuels. Canons qui changent d’ailleurs régulièrement: ainsi, l’idéal féminin est passé de « potelé » jusqu’au début du XIXe siècle à « filiforme » dans les années 60, pour devenir plus giron dernièrement… Mais si les médias renforcent certains complexes, ils sont sans réel impact sur des personnes sûres d’elles et bien dans leur peau. Ils servent souvent plus de révélateur d’une faible estime de soi que de déclencheurs de nouveaux complexes.

Les hommes et les femmes sont-ils égaux ?

«Il y en a qui abusent de la permission qu’ont les hommes d’être laids». On prête cette boutade à Mme de Sévigné, à propos de son gendre… L’homme échapperait ainsi à l’obligation d’être séduisant, quand la femme se doit d’être irréprochable. Ainsi, les complexes physiques devraient être l’apanage de la gent féminine, ce que la relation des deux sexes à l’embonpoint pourrait venir confirmer. En effet, ne dira-t-on pas d’un homme qu’il est «bon vivant» et d’une femme qu’elle se «laisse aller»? Vrai ou faux? Disons, de moins en moins vrai. Il n’y a qu’à voir le nombre de politiciens qui passent discrètement sur le billard pour se faire enlever leurs poches sous les yeux. Ou vérifier la fréquentation des clubs de fitness pour constater que le sexe opposé est, lui aussi, de plus en plus jugé sur l’apparence. Les deux sexes souffrent également de ne pas satisfaire aux critères moraux valorisés par la société. Ainsi, l’homme sensible, ou dénué d’esprit de compétition, et la femme qui ne peut ou ne veut mener de front carrière et maternité seront montré du doigt et stigmatisés.

Match nul dans la culpabilité, donc. Complexes d’hommes, complexes de femmes… les deux catégories s’uniformisent. Voilà un triste terrain sur lequel nous sommes en parfaite égalité!

Y a-t-il des périodes plus propices à leur développement ?

Oui. L’adolescence est l’âge des premières blessures narcissiques. Près de 70% des adolescents n’aiment pas leur corps. C’est une phase normale, où l’individu doit s’habituer à sa nouvelle apparence et se confronter au regard des autres, forcément moins bienveillant que celui de ses parents. Et vérifier sa capacité à séduire. Le manque de confiance en soi devient problématique quand il ne disparaît pas à l’âge adulte.

D’autres moments de la vie peuvent particulièrement nous fragiliser et réveiller nos angoisses. La grossesse, par exemple, qui bouleverse tant le corps que l’esprit. Qu’ai-je gagné, qu’ai-je perdu? Puis-je encore séduire avec /malgré lui? Les ruptures, qui font douter de sa capacité à plaire, à retenir quelqu’un. Les deuils, qui nous laissent démunis face à nos remords. La maladie ou l’avancée dans l’âge, qui affaiblissent et nous demandent de renoncer à ce que nous pensions aller de soi. Les accidents qui peuvent laisser des traces visibles de notre histoire ou apporter des handicaps.

Notre corps vit; il est en perpétuelle évolution, en mutation. On sait bien qu’on ne peut pas être et avoir été, mais quand le voyage semble trop court, on peut finir par s’en vouloir d’être faillible, par avoir honte de n’être plus dans sa pleine splendeur. Vieillir, mûrir, c’est apprendre à renoncer à l’illusion de contrôle, d’immortalité… Un passage difficile mais qui, s’il est bien négocié, peut définitivement apporter en sérénité en permettant de se recentrer sur ce qui est vraiment important: ses amours, ses amitiés…

Je pense parfois à la chirurgie, est-ce une bonne idée ?

Si vraiment l’idée vous travaille, prenez rendez-vous avec un chirurgien. Nombre de complexées se sont aperçu, via une première consultation, que leur malaise était infondé ou que le «problème» était ailleurs. Car si l’appel du bistouri peut être tentant, il ne remplacera pas le travail sur soi requis pour être en paix. Et si maintenant le chirurgien vous donne son feu vert, que vous êtes toujours décidée et certaine que vous n’entrerez pas dans une escalade… pourquoi pas? C’est une histoire entre vous et vous… Personne n’a à vous juger.

Je me gâche la vie pour pas grand chose. Se libérer de son regard et de celui des autres, c’est possible ?

Oui ! Se débarrasser de ses complexes permet de colmater une estime de soi défaillante. La reconquérir permet de se débarrasser de ses complexes. C’est un cercle vertueux !