7 bonnes raisons de lâcher prise sur l’entraînement

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Le sport est-il bon pour la santé ? Oui, répondent unanimement coachs et médecins. À condition toutefois de savoir accepter et reconnaître ses limites. Explications

1 – Rompre l’équilibre

« Faire du sport n’est-il pas indispensable pour l’équilibre ? », s’interroge Sandrine, qui enchaîne en moyenne quatre entraînements de tennis d’une heure et demie par semaine et un match le week-end. Pour la jeune femme de 33 ans, s’exercer intensivement participe à la réalisation de soi : « C’est une façon de s’épanouir dans son être et dans son corps ». Stéphane Guérin, coach sportif, tempère toutefois en assurant que « si le sport est excellent pour la santé, en pratiquer sans jamais faire de break peut accélérer l’avancée de chacun vers la ligne d’arrivée de sa vie ». Par « break », le coach entend « pauses d’au moins trois semaines continues dans une année ». Sans quoi, ajoute-t-il, « le cœur risque d’en pâtir ». Des propos repris par Christophe Daniel, médecin du sport : « En consultation, je constate que de plus en plus de sportives s’abîment les tissus cardiovasculaires parce qu’elles confondent exercice et surinvestissement. Je leur conseille alors de rompre ce qu’elles pensent être un équilibre pour elles et de s’accorder la possibilité de s’aménager des plages de repos d’une vingtaine de jours. »

2 – S’accorder des bulles d’oxygène

Ces plages, Stéphane Guérin les compare à des bulles d’oxygène, indispensables pour préserver le cœur, mais également pour éviter tout risque de blessure grave. « Elles permettent de récupérer et de se réoxygéner ». En moyenne, il faut s’en accorder deux par an. « Une bulle d’oxygène l’hiver et une autre l’été, quand les conditions climatiques de froid et de chaud peuvent naturellement, face aux efforts répétés, congestionner les muscles et provoquer des ruptures de fatigue ». Ces dernières interviennent en fonction de l’âge, des conditions de pratique et de la discipline sportive. La joueuse de tennis qui ne s’accordera aucun break s’exposera à des risques de tendinites fréquentes, la cycliste à des syndromes rotuliens et la marathonienne chevronnée à des douleurs chroniques plus ou moins graves aux genoux et aux chevilles.

3 – Préserver son squelette

Outre les symptômes musculaires, il y a les pathologies osseuses. Voilà ce dont souffre aujourd’hui Chloé, 35 ans, passionnée de boxe. « Il fut un temps où je boxais jusqu’à trois heures par jour. C’était une obsession. Je tapais dans des sacs à longueur de journée. J’avais la sensation qu’il m’était possible, par ce sport, d’extérioriser l’énergie de ma colère et de me vider littéralement. Sur le plan psychologique, cela me faisait un bien fou ». Sur le plan physique, en revanche, la jeune femme a fini par rompre. « Mes poignets me brûlaient de l’intérieur. Au début, mon médecin n’a pas bien compris ce que j’avais. Puis, après des analyses approfondies, le diagnostic est tombé : arthrose prématurée ». Selon le docteur Christophe Daniel, justement, « il n’est pas rare que la logique du sport à tout prix conduise à une usure prématurée des os ». Surtout chez celles qui pratiquent des sports d’impact : « Ces derniers apaisent les émotions mais peuvent vite devenir mauvais pour le squelette. »

4 – Briser la dépendance

« En s’accordant des pauses, on ne respecte pas seulement son corps et ses besoins. On régule également la production de certaines hormones, dont les principales sont les endorphines », précise le coach Stéphane Guérin. En plus de dynamiser les muscles respiratoires (diaphragme, poumons), les endorphines ont un effet psychologiquement analgésique. « Ce sont elles qui provoquent le sentiment de dépendance et l’euphorie du sportif », sourit Christophe Daniel. Et ce sont elles aussi qui nous obligent parfois à rechercher la performance excessive. « Fabriquées en trop grande quantité, elles peuvent conduire à des comportements compulsifs. Elles ont un pouvoir limitatif sur notre conscience. Elles poussent la sportive à croire que s’offrir un répit, c’est perdre son temps et que, pour tirer tous les bénéfices santé du sport, il est impératif de supporter une charge d’entraînement sans trêve ni relâchement. »

5 – Combattre la déminéralisation

L’été est bien souvent considéré comme le moment propice pour s’accorder un vrai temps de récupération. Avec la perspective des vacances, la vie professionnelle qui ralentit inéluctablement, la sportive est naturellement plus disponible pour se mettre en mode arrêt. « D’autant que, durant la période estivale, trop de sport, de façon trop intense, peut entraîner, au-delà des blessures physiques, une progressive déshydratation, remarque le coach Stéphane Guérin. Par exemple, courir sous le soleil alors que le corps est éprouvé depuis plusieurs mois peut entraîner une sudation excessive, qui asséchera peu à peu les muscles ». Les risques liés à la déshydratation sont, entre autres, une chute de la tension artérielle et un dysfonctionnement de certains organes vitaux. « A contrario, en remisant tennis et short au placard pour trois semaines, on se reminéralise », termine Stéphane Guérin.

6 – Éviter le burn-out 

Bien entendu, toutes les sportives ne l’entendent pas de cette manière. D’autant que, chez certaines, l’exercice physique est ressenti comme un moyen indispensable de lutter contre l’anxiété, la fatigue, le stress. Et ne plus en faire, ne serait-ce que quelques jours, revient surtout à se mettre en danger soi-même : « Comment vais-je faire ? » « Si je me prive de ma dose d’exercices, ne vais-je pas déprimer ? ». Il est certes établi qu’une activité sportive bien choisie et modérée contribue au sentiment de bien-être. Mais là encore, tout est affaire de mesure. En somme, l’équilibre psychologique peut parfois être menacé par le sport. Une fréquence de compétition trop élevée, une charge d’entraînement trop importante, une négligence des séances de récupération peuvent dérégler le système endocrinien : diabète, hyper ou hypothyroïdie, insuffisance surrénale. Quoi qu’il en soit, tous ces symptômes peuvent être cumulables. « S’ils ne sont pas traités rapidement, ils peuvent persister pendant des semaines, voire des mois, et entraîner la sportive dans une spirale dépressive proche du burn-out », explique Christophe Daniel.

7 – Oublier (un peu) sa silhouette

Enfin, pour certaines femmes, la pratique du sport est une façon d’exercer un contrôle parfois excessif sur leur corps et sur leur silhouette. Éliminer les calories, perdre des kilos superflus, se sculpter une image de soi conforme à des normes devenues diktats… Tels sont, à leurs yeux, les principaux enjeux. « De ce point de vue, explique le docteur Christophe Daniel, lâcher prise quelques semaines durant l’été, revient à replacer le sport dans une pratique plus saine. C’est s’obliger à faire une sorte de sevrage nécessaire pour repartir sur de meilleures bases ». Il convient de comprendre aussi qu’un repos de deux à quatre semaines ne produit en rien une diminution naturelle de la masse musculaire au détriment de la masse grasse, comme beaucoup de sportives le craignent. « Au contraire, cela apprend peu à peu à la masse musculaire à se maintenir naturellement, sans l’intervention régulière, voire exagérée, d’un substitut sportif », termine Christophe Daniel.

William Memlouk