Sexualité: 10 questions sur le corps et le désir

Les atouts de séduction liés au physique sont les premiers signaux perçus par un partenaire potentiel, notamment en matière de sexualité. Mais, une belle plastique suffit-elle à faire émerger le désir ? Sommes nous principalement attirés par les formes des canons actuels de la beauté ? On fait le point en 10 questions, avec Anne Bacus, psychologue et sexologue

1. Comment se construit le désir ?

Anne Bacus : L’être humain est né dans le désir, même si à la base ce désir, comme le disait Freud, est polymorphe. En effet, il n’est pas que sexuel. Quand apparaissent les hormones à la puberté, le désir sexuel se traduit d’abord par un désir de rapprochement avec le partenaire désiré. Au début, on est amoureux à distance, puis on souhaite être en présence de l’objet désiré, puis être en contact physique pour enfin avoir envie de se l’approprier pour passer du désir au plaisir.

2. Le désir diffère-t-il selon les individus ?

A.B : Il y a autant de sexualité que d’individus. La construction de la sexualité est infiniment complexe et aboutit à une grande variété d’expressions du désir. Certains vont rechercher des sensations extrêmes et vont être excités par des pratiques bien différentes de celles qui stimulent la moyenne des gens. D’autres au contraire vont avoir une sexualité plus classique. Dans toute cette gamme de différences, l’histoire individuelle, les moments forts et les traumatismes vont jouer un rôle dans la nature du désir.

3. Le désir masculin est-il surtout lié au corps ?

A.B : Les hommes sont beaucoup dans le regard. Pour eux, la vue est un sens privilégié. Ils vont souvent désirer en fonction de ce qu’ils voient, mais pas seulement. Il n’y a pas qu’un seul corps qui plaise, bien que nous vivions dans une société avec des modes ou nous prenons l’habitude de trouver belles les mêmes choses. Même si les hommes sont fiers de se balader avec une femme qui correspond aux canons de la beauté à leurs bras, peu d’hommes sont excités par les femmes maigres. Ce qui excite un homme ne correspond donc pas forcément aux canons en vigueur dans une société donnée.

4. Qu’est-ce qui suscite le désir chez un homme ? 

A.B : Si tous les hommes sont sensibles à la vue, ils peuvent être attirés, par une bouche, des seins, une silhouette, une cambrure, des fesses… Tout élément sexuel qui suscite le désir chez eux. Ils sont attirés par des formes de corps différentes, également, en fonction de ce qu’ils recherchent. Ils ne vont pas désirer la même chose s’ils cherchent juste une aventure d’un soir, une relation amoureuse, la mère de leurs enfants… Mais souvent, le regard joue un rôle prépondérant : il doit y avoir une partie du corps qui va exciter, même s’il s’agit de quelque chose de spécifique en fonction de chacun et des circonstances. Les hommes, évidemment, peuvent aussi être attirés par un ou une partenaire grâce à l’affection qu’ils lui portent, la complicité qu’ils partagent, indépendamment de l’aspect physique.

5. Les femmes sont-elles aussi visuelles ?

A.B : Ce qui va susciter le désir chez la femme est plus complexe et plus multiforme. Il ne s’agit pas que du visuel : ce peut être le regard, les mains, la voix, la douceur, l’élément affectif… En outre, les études ont montré que nous sommes généralement attirées par des personnes qui sont dans la même tranche d’âge et ce même si les corps plus jeunes sont plus beaux que les corps plus vieux.

6. L’attraction physique est-elle plus biologique que physique ?

A.B : Le physique et le biologique ne forment qu’une seule et même chose. Le désir est une réaction chimique ! Nous sommes attirés par des éléments conscients (« Je trouve cet homme ou cette femme attirant(e) sexuellement« ) mais aussi par des éléments inconscients, psychiques ou physiques. Malgré les nombreux écrits sur les phéromones, il semblerait que l’humain, n’ait pas un odorat capable de capter les phéromones. Il est donc peu probable qu’elles puissent agir sur lui plus fortement que l’attirance physique. En revanche des études récentes semblent révéler un rôle joué par les hormones. Par exemple, au moment de l’ovulation les femmes seraient plus attirées par des hommes différents, ayant plus de testostérone (détectable dans l’odeur de la transpiration). Mais tout cela est encore à l’étude.

7. Les fixettes sur certains éléments physiques, est-ce naturel ?

A.B : Parce que l’on est conditionnée à trouver beaux ou belles certains éléments et que c’est socialement valorisant de se promener avec un « bel homme » ou une « belle femme ». Derrière cette recherche systématique se cache une forme de besoin de reconnaissance sociale. Attention ! Même si on a en tête des préférences qui suscitent le désir et qui vont favoriser l’attachement, cela ne veut pas forcément dire que l’on ne peut pas tomber amoureux d’un homme qui ne correspond pas à nos critères ! Il arrive que l’on se surprenne soi-même !

8. Et lorsque le corps change dans le temps, comment évolue le désir ?

A.B : Au début, comme nous l’avons vu, il y a souvent une attraction physique. Lorsqu’il s’agit de faire un choix pour une relation sérieuse,  d’autres critères deviennent prioritaires par rapport  aux précédents. Le désir évolue au fil du temps, pas parce que le corps change mais parce que le désir se modifie avec l’habitude et la routine.  Le critère physique reste important, mais ce n’est pas ce qui va déterminer un désir durable. Certaines femmes « culturellement belles » ne sont plus désirées avec le temps alors que d’autres, moins conformes aux normes sociales de la beauté, le restent.  Cela devient une histoire de couple, propre à chacun.

9. Est-il important de s’entretenir au fil du temps ? 

A.B : Oui, il est important que les hommes comme les femmes fassent attention à leur attractivité. Les femmes sont également refroidies par des hommes qui se laissent aller, qui ne font pas attention à leur manière de se vêtir, qui ne se lavent pas soigneusement…L’entretien du corps est donc important pour les deux genres. Le sentiment d’être bien dans son corps l’est également pour vivre une sexualité plus épanouie. Le plaisir que l’on a à faire l’amour est également une composante du désir durable.

10. Les changements du corps font-ils baisser la libido ?

A.B : Non, c’est l’habitude, le quotidien. Dieu merci, on peut ressentir ou susciter du désir,  même si on n’a pas l’âge ou le format pour poser dans les magazines ! Le désir se conserve avec de la nouveauté, du renouvellement. La baisse du désir du fait de sa quotidienneté peut être contourné par le souhait des partenaires de l’entretenir. L’érosion de l’appétence est très différente dans le temps en fonction des couples, elle est beaucoup plus rapide pour les uns que pour les autres. Le désir se nourrit dans le temps par le fait que l’on est attiré par d’autres dimensions de la personne que son simple physique. Certaines personnes restent sur le physique parce qu’elles manquent de confiance en elles. Celles-ci ont du mal à se renouveler et préfèrent les emballements du début.  Enfin, d’autres n’ont pas le souhait de construire leurs relations dans la durée. Cela dépend de ce qu’on cherche chez l’autre, de la période de la vie où l’on se trouve, de ses désirs, de ses peurs, de ses projets…

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