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La vérité sur les compléments alimentaires

Près d’une Française sur trois consommerait des compléments alimentaires régulièrement… Mais sont-ils réellement indiqués, utiles pour le corps ou dangereux pour la santé ? On fait un tour d’horizon contrasté d’un univers où coexistent beaucoup de contre-vérités, d’approximations et d’incertitudes. Comment démêler le vrai du faux ? Enquête

1 – La consommation de compléments alimentaires est sans risque

FAUX – La consommation de compléments alimentaires doit toujours être précédée d’un avis médical. Les compléments alimentaires que l’on trouve en magasin ne sont pas tous contrôlés. Les vérifications préalables à la mise sur le marché ne sont pas obligatoires : c’est au distributeur de proposer un produit conforme à la loi en vigueur. La Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes recommande de ne pas associer des compléments alimentaires aux effets similaires pour éviter tout risque de surconsommation.

2 – Ils ne sont pas réglementés

FAUX – L’Union européenne réglemente les compléments alimentaires par une directive du 2 juin 2002. Le décret d’application français de cette directive date du 20 mars 2006. Il fixe les exigences concernant la composition, l’étiquetage et la posologie recommandée.

3 – Ils sont une alternative aux médicaments

FAUX – Les compléments alimentaires sont définis par ce décret comme « des denrées alimentaires dont le but est de compléter le régime alimentaire normal et qui constituent une source concentrée de nutriments ou d’autres substances ayant un effet nutritionnel ou physiologique. » Ils n’ont pas vocation à prévenir ou à guérir une maladie comme c’est le cas des médicaments. Toutefois, comme les aliments, leurs propriétés peuvent contribuer à l’équilibre alimentaire et donc à la santé.

4 – Il est possible de prendre différents compléments en même temps (vitamines A, D, C)

VRAI et FAUX – Certains compléments combinent plusieurs substances. Ils sont conçus à cet effet et complémentent plusieurs carences. L’automédication peut conduire rapidement à un surdosage par la consommation de différents compléments alimentaires qui peuvent contenir un même élément. De plus, combiner l’action de plusieurs actifs sans avis médical peut comporter des risques pour la santé, comme la perturbation du rythme cardiaque.

5 – Une alimentation équilibrée les rend inutiles

FAUX – Une alimentation variée rend la prise de compléments alimentaires inutiles la plupart du temps, toutefois, certaines carences très répandues liées à une faible consommation de fruits et légumes, rendent la complémentation nécessaire. Enfin, la vitamine D qui provient surtout de l’exposition au soleil et qui permet de fixer le calcium, est peu présente dans l’alimentation. Une étude publiée le 24 avril 2013 dans le Bulletin épidémiologique par l’Institut de veille sanitaire a révélé que 80 % des Français de 18 à 74 ans ont un déficit en vitamine D. Pour éviter la complémentation, il faut donc trouver le moyen de prendre le soleil !

6 – Ils peuvent booster la forme

VRAI – L’alimentation peut apporter des produits qui dynamisent naturellement comme la caféine, le ginseng ou le guarana. Toutefois, ceux-ci sont peu présents dans l’alimentation française. Les compléments alimentaires peuvent donc donner un coup de pouce à la vitalité, à condition que les doses recommandées ne soient pas dépassées. La vitamine C aide également à booster la forme de façon naturelle !

7 – Ils sont utiles aux sportives

VRAI et FAUX – Les compléments alimentaires permettent un apport ciblé de substances spécifiques répondant à des carences ou des besoins ponctuels accrus. L’effort physique intense peut provoquer une baisse des défenses immunitaires, rendant nécessaire une consommation accrue de vitamine C et de magnésium, lequel intervient dans le système immunitaire et dans la transformation des glucides dont le corps a besoin pendant l’effort. Toutefois, une alimentation adaptée est généralement suffisante.

8 – Les suppléments « spécial sportifs » sont plus adaptés

FAUX – Un rapport de 2009 de la Société française de nutrition du sport (SFNS) met en garde contre les supplémentations destinées aux sportifs : « Elles sont mises en vente avec des allégations prometteuses le plus souvent sans preuve scientifique validée de leur efficacité sur les performances, ni de leur innocuité. De plus, la recherche, puis l’usage de suppléments alimentaires aux effets soi-disant “miracle” met le sportif sur la voie des conduites dopantes. »

9 – Ils peuvent être composés de produits dopants

VRAI et FAUX – La norme NF V94-001 qui satisfait aux exigences antidopage, demande aux industriels de ne pas fabriquer des produits contenant des substances dopantes. L’étiquette doit alors porter la mention : « Le produit est conforme à la date de libération du lot, à la norme Afnor NF V94-001 ». Toutefois, tous les industriels ne satisfont pas à la norme et de nombreux compléments sont achetés sur internet. Aussi, la SFNS recommande que « l’acquisition de compléments se fasse en pharmacie et magasin spécialisé et non hors circuit sécurisé ».

10 – Certains peuvent contenir de la caféine « cachée »

VRAI – Les autorités sanitaires américaines se sont récemment interrogées sur les dangers d’une consommation excessive de caféine. Certains compléments alimentaires en contiendraient sans que les fabricants en précisent les quantités. Les produits minceur et les produits antifatigue seraient concernés. Il est conseillé de prendre un avis médical avant de consommer des compléments alimentaires, car la caféine cachée peut conduire à un surdosage quotidien responsable d’insomnies ou de tachycardie.

11 – Ils peuvent prévenir la chute des cheveux

FAUX – Si vous perdez vos cheveux alors que vous avez une alimentation saine et équilibrée, il vaut mieux consulter votre médecin et ne pas consommer de compléments alimentaires. Leur efficacité dans ce cas n’a pas été vérifiée. Toutefois certaines carences se manifestent par une perte de cheveux. Il est donc recommandé de procéder à un examen sanguin complet pour en connaître la cause.

12 – Ils n’améliorent pas la qualité de la peau

FAUX – La vitamine A s’avère être un produit efficace pour la peau et sans danger. Ce complément alimentaire raffermit la peau, la nourrit, contribue à son hydratation. Il est conseillé en période de régime pauvre en graisses, notamment animales, puisque l’on tire une grande partie de la vitamine A dans ces aliments.

13 – La complémentation en omégas 3 est recommandée

VRAI et FAUX – Les personnes manquant d’acides gras oméga 3 peuvent changer leur alimentation et ne pas se tourner vers des compléments alimentaires. En effet, consommer un peu d’huile de colza et de noix quotidiennement, ainsi qu’un poisson gras (saumon, thon, hareng, sardine…) deux ou trois fois par semaine répond aux besoins de l’organisme de façon naturelle. Toutefois, les omégas 3 étant essentiels à la santé, une complémentation peut être recommandée pour éviter une carence.

14 – Ils sont utiles en période de régime

FAUX – Lorsque le régime est respectueux des besoins physiologiques, il n’y a nullement besoin de compléments alimentaires. Seuls les régimes déséquilibrés, ceux qui provoquent des carences, nécessitent une complémentation. Le seul fait que des suppléments soient nécessaires devrait suffire à ce que ce régime soit écarté au profit d’un autre, plus respectueux de la santé.

15 – Les compléments alimentaires « minceur » sont efficaces

VRAI et FAUX – La prise de compléments destinés à l’amincissement peut avoir un effet placebo global. Derrière cette automédication, la volonté de maigrir, une alimentation plus saine et une activité physique plus soutenue, vont contribuer à l’amincissement. Ce ne sont pas ces compléments qui permettent de mincir, mais ce qui est mis en œuvre sur le plan de l’hygiène de vie. Une prise de suppléments combinée à une mauvaise alimentation ne permet pas de mincir.

16 – Ils sont indispensables pendant la grossesse

VRAI et FAUX – Les apparences sont trompeuses. Une alimentation équilibrée suffit pour la femme enceinte, mais une supplémentation en vitamine D peut être utile à partir du septième mois de grossesse, pour les femmes peu exposées au soleil. Cela permet de limiter les carences en calcium du nouveau-né. En aucun cas, il ne faut recourir à l’automédication. Il faut toujours demander l’avis d’un médecin.

17 – Il est recommandé aux fumeurs de prendre des vitamines E et C

VRAI – Mais en petite quantité. Le tabagisme entraîne un déficit en vitamine C. Or cette vitamine est aussi nécessaire à l’action de la vitamine E, laquelle exerce normalement un effet protecteur contre le cancer. Ces vitamines permettent de défendre le corps contre les radicaux libres que provoque la consommation du tabac.

18 – Il est facile d’éviter le surdosage

FAUX – Difficile, en cas d’automédication, puisque certains compléments combinent plusieurs substances et qu’il n’est pas simple de s’y retrouver en matière de dosage. Serge Hercberg, directeur de l’unité de recherche en épidémiologie nutritionnelle (Inserm/ParisXII) rappelle que « ce sont des molécules actives et les mélanges et les dosages excessifs qui peuvent générer des effets négatifs ». Il est important, pour éviter le surdosage, de respecter scrupuleusement la notice et d’éviter de combiner les compléments sans avis médical.

19 – Les effets secondaires sont inconnus

VRAI et FAUX – Les compléments alimentaires peuvent être dangereux pour la santé en cas de surdosage. Pour certaines substances, les effets secondaires sont inconnus. En revanche, la toxicité d’autres a été prouvée et indiquée sur les boîtes. Enfin, des compléments sont contre-indiqués avec la prise de certains médicaments ou lorsque l’on souffre de certaines pathologies. C’est le cas de la vitamine C, qui permet de fixer le fer et qui est contre-indiquée dans le cas de maladies du foie.

20 – Ils pallient une période de fatigue

FAUX – Fin décembre, trois études scientifiques d’envergure publiées dans la revue médicale Annals of Internal Medicine sont sans appel ! Les médecins en font l’écho en déclarant que « la plupart des suppléments minéraux et vitaminiques ne présentent aucun avantage clair, ils pourraient même être nocifs chez les adultes bien nourris ». Une alimentation équilibrée n’a pas besoin d’être complétée par des suppléments alimentaires à base de vitamines, cela la déséquilibrerait !

François Vaillant