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Je suis ultra-jalouse, je fais quoi ?

La jalousie, aphrodisiaque ou poison du couple ? Tout dépend des proportions ! Celles qui développent un instinct de propriété amoureuse exacerbé minent leurs chances de s’épanouir avec leur partenaire. Explications

Pas d’amour sans jalousie ?

« Je ne supporte pas qu’on regarde mon homme », « Je fouille dans ses affaires parce que je n’ai pas confiance, on ne sait jamais ». Ces confidences de jalouses en disent long sur une maladie qui mine le quotidien et ronge le désir des couples. Freud l’avait bien compris, lui qui avait décrit ce sentiment comme une tendance normale de l’être humain. Même point de vue pour le psychiatre et sexologue Willy Pasini, pour lequel il n’existe pas d’amour sans jalousie : « Dans le couple, il y a toujours de la jalousie. Ensuite, il peut y avoir la confiance, l’estime de l’autre qui calme la jalousie, mais elle est toujours présente. Freud dit que nous avons le désir que la personne aimée soit avec nous et pas avec une autre. Donc, dans ce sens-là, c’est normal. »

Une phobie de la solitude

Si la vanité est un péché et la curiosité un vilain défaut, la jalousie peut s’entendre comme un mélange de peur de perdre l’être aimé et de colère de le voir s’intéresser à d’autres que soi. Rappelons-le, il est question de jalousie lorsque l’on craint (à tort ou à raison) que son partenaire soit infidèle. Lorsqu’il l’est réellement, cela interroge le vécu du couple, mais il n’est alors plus question de jalousie, explique Frédéric Fanget, psychiatre et psychothérapeute. « Je ne trouve pas que la jalousie soit un sentiment très sain, analyse-t-il. Certes, la jalouse éprouve une peur d’être trompée. Mais, en creux, elle craint d’être renvoyée à la fragilité, à la phobie de se retrouver face à elle-même. Elle pense : “Si l’autre va voir ailleurs, c’est une partie de moi-même qui part”. Cette personne est dans le couple fusionnel. Or un couple, ce n’est pas ça ! »

1+1 = 3, l’équation d’un couple épanoui ?

Selon Frédéric Fanget, bon nombre de problèmes de couple, dont la jalousie, pourraient trouver leur solution si chacun savait faire une addition. En clair, chaque « 1 » désigne un des membres de l’union et le « 3 » représente le couple lui-même. Pour être bien dans son couple, chacun doit se sentir bien dans son « 1 » ; c’est à cette condition que le « 3 » pourra venir nourrir et faire grandir les protagonistes. Donc, l’équation 1 + 1 = 3 est la meilleure dimension du couple, puisqu’il y développe à la fois une part d’autonomie et une part d’union. Chacun s’intéresse à des désirs, à ceux de son conjoint et aux besoins communs.

Vous êtes fusionnelle, indépendante ou destructrice ?

« Je suis très indépendante » : 1 + 1 = 2. Ici, chacun vit un peu pour soi, ce qui permet une grande autonomie de chacun. Mais, le manque d’échanges finit par épuiser le «3», le couple, qui passe au second plan derrière l’épanouissement de chacun.

« Je fusionne avec l’autre » : 1 + 1 = 1. Le couple éprouve l’illusion de ne faire qu’un et chacun fonctionne pour l’autre et à travers l’autre. Ces instants de passion sont agréables à vivre, mais l’on néglige ses propres besoins au détriment de l’autre « 1 » et du couple. C’est dans ce modèle de couple que l’on retrouve les jalouses et les jaloux.

« Je suis tout le temps dans le conflit  » : 1 + 1 = 0Le pugilat permanent maintient le couple, qui n’existe qu’à travers les disputes. Aucune solution constructive n’est envisagée et les et les trois dimensions (le couple, et les deux « 1 ») sont niées.

« Je suis très jalouse faut-il le lui dire ? »

Avec la jalousie, les frontières deviennent floues. Un doute, une supposition, des indices concordants à la lumière des (sur)interprétations et le mal insidieux se répand comme un poison dans les veines. Une solution ? Dire la jalousie, selon Willy Pasini. « Dites à votre fiancé qui regarde une femme dans la rue : « Ton comportement me rend jalouse. » S’il est amoureux, il arrêtera. S’il ne l’est pas, il continuera. L’important est d’amorcer une discussion, d’essayer de régler le problème. S’il n’y a pas de changement, cela signifie que la jalousie est fantasmée. Elle relève alors du pathologique. En gardant la jalousie à l’intérieur, on la transforme en colère. En extériorisant la jalousie, on évite la violence verbale ou physique, on éteint l’incendie intérieur.« 

Charles Brumauld des Houlières