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Comprendre ses complexes pour mieux s’en débarrasser

Menton saillant, hanches trop larges, oreilles décollées, élocution difficile, timidité maladive… Alors que certaines d’entre nous s’accommodent parfaitement de leurs petits défauts, d’autres développent de véritables obsessions qui leur gâchent la vie. Résultat ? On observe ses imperfections en continu, à la loupe grossissante. Et si on arrêtait la fixette sur nos complexes ?

Beauté, jeunesse, minceur, éloquence, humour, intelligence, voici quelques-uns des idéaux les plus couramment responsables de nos complexes. Ils peuvent être physiques, intellectuels ou comportementaux, mais sont toujours le résultat d’un écart entre ce que la personne a l’impression d’être et ce qu’elle souhaite être. Une personne complexée se focalise sur un défaut, passe son temps à comparer l’image d’elle-même à l’image qu’elle a idéalisée. Cette confrontation quotidienne détériore l’image de soi et, donc, l’estime de soi. La souffrance que cette personne ressent vient du fait qu’elle ramène tout à son défaut et qu’elle ne parvient pas à s’accepter et à s’aimer telle qu’elle est.

Zoom Avant sur ses petits défauts… 

Le complexe s’installe sur une réalité : un nez un peu long, une silhouette ronde, ou un caractère effacé… Ce qui signe le complexe, c’est l’attention excessive attribuée à ce défaut et le fait que la personne se polarise dessus. Ce zoom sur l’imperfection peut se révéler au quotidien handicapant, voire destructeur.

AU BOULOT La complexée se dit : « Je suis trop moche pour être convaincante », « Je n’ai rien d’intéressant à dire ». Et n’osera pas intervenir ou proposer une idée pourtant novatrice. L’un des dérapages auxquels peut conduire un complexe est l’inaction. C’est ce que décrit le psychiatre Christophe André dans son livre L’Estime de soi. Pour lui, une personne ayant une basse estime d’elle-même agit rarement. Quand elle le fait, même si elle réussit, elle continue à douter d’elle-même, et si elle échoue, elle se dévalorise encore un peu plus.

ENTRE AMIS La complexée ne s’aime pas : le vrai problème est là. Elle cherche dans le regard des autres les moyens de s’apprivoiser. La séduction est donc pour elle aussi essentielle qu’elle peut être dangereuse. Car, en cherchant à se rassurer, elle prend aussi le risque d’affronter des remarques ou des regards dévalorisants. Quand le complexe est physique, à l’heure de se préparer pour sortir entre amis, les vêtements ne servent plus à se protéger du froid ou de la nudité, ils deviennent cache-misère ou prothèse de l’estime de soi. Si ces vêtements ne suffisent pas, des conduites d’évitement peuvent suivre. La peur de ne pas être à son avantage, de ne pas être à la hauteur, d’être inintéressant pourra conduire à annuler un dîner, une soirée, une rencontre et à renoncer sans le savoir à bien des occasions !

SOUS LA COUETTE Dans la vie conjugale, les complexes peuvent se cristalliser sur la sexualité. Il n’y a plus de rempart, les corps sont nus, livrés, leur rencontre est le lieu par excellence de l’apparence et de la performance. La femme doit être désirable et l’homme doit être un bon amant. On est dans l’image idéalisée de l’acte sexuel, dans l’image exhibée par le cinéma et les médias. Le corps de la femme est jeune, fuselé, ferme. L’homme est musclé, viril, efficace. Les complexes peuvent se focaliser sur la taille du sexe chez l’homme, comme sur ses poignées d’amour. Chez la femme, seins, fesses, hanches et cuisses passent au scanner. La première tentation est le camouflage : faire l’amour dans le noir, pas trop déshabillé, sous les draps. À la clé, une possible raréfaction des relations sexuelles, leur évitement et la mise en péril de la sexualité du couple. Les complexes touchent tous les domaines de la vie quotidienne. Outre le fait qu’ils l’empoisonnent, ils peuvent conduire celui ou celle qui en souffre à se dévaloriser un peu plus chaque jour. À force d’inaction ou d’évitement, l’estime de soi diminue encore et on risque la dépression, selon le psychiatre Christophe André, qui préconise de « s’aimer pour mieux vivre avec les autres ».

Zoom arrière salvateur !

Pour la complexée, le véritable enjeu est d’apprendre à s’aimer telle qu’elle est. Pour cela, l’étape essentielle consiste à agir sur le regard qu’elle porte sur elle-même.

STOP À LA TRAQUE AUX IMPERFECTIONS ! La personne complexée ne voit que ses rondeurs, sa maladresse, son manque d’assurance et pense que ce défaut est responsable de tous ses maux… Le nez dessus, elle ne peut voir les autres éléments qui la constituent. À ce titre, la chirurgie esthétique est souvent une alternative envisagée : supprimer le défaut reviendrait à supprimer le mal-être. Selon le psychiatre Frédéric Fanget, les choses ne sont pourtant pas si simples. Souvent, la personne complexée manque d’autonomie, elle a un besoin excessif de l’approbation des autres. Modifier un trait physique ne résoudra pas le problème. Pour s’en sortir, il faut chercher à identifier soi-même ses qualités, ses beautés, ses richesses. En prenant du recul, on peut ainsi réaliser que ce défaut n’est qu’un détail, qu’il ne choque pas les autres, que parfois, même, personne d’autre ne l’a remarqué. Changer le regard que l’on porte sur soi est à la fois essentiel et insuffisant, car ce regard est conditionné par de nombreuses pressions sociales.

AU PLACARD, LES STÉRÉOTYPES ! En effet, la société nous renvoie l’image de l’inaltérable beauté et de l’éternelle jeunesse. Des corps toujours sveltes emplissent nos écrans, les revues et les panneaux publicitaires. À chaque coin de rue, un sein fier, une fesse ferme, un visage éblouissant. Ce culte de la perfection porte son lot de responsabilité dans l’obsession de la minceur trop souvent dévastatrice. Ces clichés, digérés au point d’être devenus une part de l’individu, sont la cause de certains comportements perfectionnistes et destructeurs. Selon William James, un des fondateurs de la psychologie scientifique moderne, l’estime de soi serait le résultat d’une équation : ce que nous faisons ou ce que nous sommes par rapport à nos prétentions. Plus on se rapproche de ces aspirations et plus l’estime de soi augmente. Si les prétentions sont trop élevées ou irréalistes, on s’enferme dans le mal-être. « Quel jour agréable que celui ou nous renoncerons à être jeunes ou sveltes ! », ajoute James, en précisant que gérer ses aspirations et faire des renoncements permet de vaincre ses complexes et d’accéder à une bonne estime de soi.

APPRENEZ À VOUS AIMER Vous regarder autrement, dépasser les clichés, recadrer vos aspirations sont les meilleures armes pour apprendre à vous aimer et à vaincre vos complexes. Il est aussi important de mettre en valeur des aspects de votre corps ou de votre caractère qui vous plaisent. Attirez l’attention sur vos yeux si votre nez vous déplaît, sur votre humour si vous vous trouvez gauche, sur votre créativité si vous n’êtes pas très cultivée. Serge Gainsbourg parlait de la « beauté cachée des laids » et s’est créé un personnage pour faire oublier ce physique qui le gênait. Alors occupez-vous de vous, prenez le temps de vivre et soyez sûre que, comme tout être humain, vous êtes quelqu’un de riche et d’unique.